L'avis des experts

Multimédias, jeux, livres traditionnels, e-book et Internet : ennemis ou amis ?

Voici l'article de notre dernière "experte", Carole Desrousseaux, ancienne éducatrice de jeunes enfants, passionnée de littérature jeunesse, créatrice et directrice du blog blog.3-etoiles.fr.

En création d'une maison d'édition jeunesse, elle écrit et collabore avec 3 jeunes illustrateurs talentueux.

Merci à elle pour ce bel article très complet ! 

Livres, Internet, télé, jeux et consoles : votre enfant grandit dans un monde où tous ces supports sont à portée de main. Inutile de les opposer ! D'autant qu'un «enfant éveillé» est souvent un enfant qui multiplie ses centres d'intérêt et ses expériences. Aujourd’hui, toutes ces sources d'information et de communication sont aussi des outils d'apprentissage. C’est à l'enfant de trouver son itinéraire parmi tous les médias qui l’entourent…Et c'est à l'adulte de proposer la variété des sources d'informations, et de cadrer le bon usage de chacune.

Electroniques ou pas, les jeux font partie de l'environnement de l'enfant. Ils sont pour certains intéressants à fréquenter, pour d'autres à éviter. Le paramètre principal à définir reste le temps alloué à ce plaisir. Prenez le temps de discuter des jeux qu'il aime, faîtes l'effort de vous intéresser, de le regarder jouer ou même de jouer avec lui. L'essentiel dans ces pratiques est de garder le contact pour connaître son monde et ne pas le laisser seul face à de nouveaux espaces qui peuvent le déstabiliser.

En jouant aux jeux vidéo, l'enfant développe certaines compétences sociales : le travail d'équipe et la coopération pour les jeux en groupes ou réseaux, l'initiation à certaines technologies, l'accroissement de l'estime et de la confiance en soi quand il maitrise des règles, l'amélioration de sa capacité à résoudre des problèmes, sa coordination, sa rapidité d'exécution et sa mémoire.

La télévision, objet de notre quotidien, est également une source d'informations à utiliser avec bon sens et modération. Organisez le temps de votre enfant pour qu’il profite de tout. Pour cela, il faut savoir lui imposer d’éteindre la télévision pour lui laisser le temps de jouer, de profiter des vacances pour faire autre chose, de lire, de rêver… et parfois même de s’ennuyer ! L’organisation de l’espace à la maison a son importance. Un enfant qui a dans sa chambre une télévision, un ordinateur relié à Internet et une console de jeux vidéo ne pourra pas aborder la communication et le partage avec autant de facilité que si les écrans sont dans une autre pièce. Les programmes télé sont des sujets de discussions entre enfants : les en exclure ne favorise pas le processus de socialisation qui s'opère à l'école. De plus, la télévision est parfois une bonne extension de la lecture : si votre enfant a été passionné par un roman ou par un conte, vous pouvez lui proposer de regarder son adaptation cinématographique – film, dessin animé – si elle existe. Inversement, dans les librairies et les kiosques à journaux, votre enfant retrouvera avec plaisir les héros de ses séries télévisées préférées.

Les enfants d'aujourd'hui sont nés avec Internet et grandissent avec ces nouvelles technologies. Les études parlent, les chiffres aussi : 40% des enfants ont leur premier contact avec la toile entre 4 et 6 ans, un enfant de 9 ans passe en moyenne 1h30 par jour sur Internet (source Ipsos & e-enfance, juin 2009). Bienvenue dans l'ère des Digital Natives. Cependant, restons prudent et vigilant : Internet, lieu de rencontres et de découvertes reste peu sécurisé pour les enfants. Pour limiter les mauvaises expériences, quelques conseils à appliquer : instaurez un dialogue avec votre enfant, à coup sûr il sera content et fier de ce partage et de vous montrer ce dont il est capable. Incitez les à être prudents sur les réseaux sociaux, à ne pas divulguer leurs informations personnelles, choisissez des identifiants neutres, installez le contrôle parental sur certains sites, expliquez leur qu'il ne faut pas accepter de rdv réel sans vous en parler au préalable, définissez les règles d'utilisation avec des horaires adaptés à leur âge et enfin aidez-les à évaluer à leur juste valeur les informations trouvées et à ne pas croire tout ce qu'ils voient sur le web et à en parler avec un adulte en cas de doute.

Enfin, le livre tient une place à part, en partie parce qu’il est généralement plus investi par les adultes : «Il faut lire, c’est bon pour toi!» Il est rare d’entendre ce genre de recommandation pour la télévision ou l’ordinateur. Le livre se conquiert en effet plus difficilement que la télévision car il demande du temps et un comportement actif.

C’est autrement plus exigeant que de regarder défiler des images. En revanche, le livre peut s'octroyer des pauses, ce qui n'est pas forcément le cas des autres médias qui ont pour caractéristique la spontanéité et qui s'inscrivent dans une durée plus courte, assez éphémère pour la plupart. Un enfant «bon lecteur» est généralement un enfant qui a beaucoup d’autres centres d’intérêt : il regarde la télévision, joue à des jeux vidéo, navigue sur Internet…

Ce n’est pas un hasard: maîtriser la langue écrite enrichit son imaginaire et lui ouvre le chemin pour mieux utiliser les autres supports. Le livre papier est un voyage, une rencontre, une relation intime et palpable : une expérience unique.

Pourtant, le livre sur support numérique gagne en popularité. Et la littérature jeunesse n'est pas laissée pour compte dans ce développement technologique.

L'usage de la tablette électronique par les enfants a des effets sur leur parcours de lecteur. Par définition, l'enfant lit, et il faut s'en réjouir ! Le livre virtuel augmente l'offre et il n'y a pas lieu de hiérarchiser les livres conventionnels ou numériques.

L'arrivée du numérique n'est ni grave ni dévalorisante puisqu'elle permet l'acquisition de compétences cognitives additionnelles et qu'elle interpelle la concentration du jeune lecteur.

Le tactile et la voix au service de la lecture est une bonne chose.

Ces deux types de lecture sont tellement différentes que l'une ne remplacera jamais l'autre. Elles sont complémentaires, pas antagonistes. Les spécialistes de la lecture sont formels, l'apparition des tablettes et des e-lecteurs ne signifie pas la disparition de la tradition de s'asseoir avec son enfant sur les genoux pour lui lire une histoire. L'important n'est pas le support utilisé mais le fait de lire, de familiariser l'enfant avec l'expérience de la lecture, et de leur prodiguer le plaisir en les accompagnant.

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